Comme nous le disions plus haut, la gastronomie populaire romagnole
est historiquement étroitement liée aux nombreux
rites civils et religieux qui autrefois formaient la base du
calendrier. Et dans ce cadre les douceurs traditionnelles (à l’occasion
des fêtes de pays, des baptêmes, des communions et
des mariages) ont laissé sur notre terroir, encore aujourd’hui,
une nette trace.... sucrée.
Par exemple on connaît encore le Bracciatello (brazadel
en dialecte), un biscuit pour le goûter avec un gros trou
au centre pour pouvoir l’enfiler au bras (braccio en Italien)
du gamin; le Bustreng (il semble que ce nom soit d’origine
barbare), un gâteau dont la recette mystérieuse
et à moitié perdue (il était fait de 32
ingrédients, dont aujourd’hui on n’en connaît
plus que 20) est jalousement conservée par les matrones
de Borghi, où tous les ans, le deuxième dimanche
de mai, une fête de pays lui est dédiée;
la Pagnotta (gâteau de Pâques) objet d’une
fête de pays à Sarsina mais dont les habitants de
Mercato Saraceno revendiquent la paternité historique;
il Migliaccio (è Miaz en dialecte), un gâteau traditionnel
de la période d’hiver fait avec du sang de porc,
les Fave dei morti (fèves des morts), biscuits aromatisés à l’anis
proposés autour du 1er novembre, le Castagnaccio, un gâteau
rustique à base de farine de châtaignes.
La Romagne aime les desserts simples, à faire chez soi.
Le plus classique de tous est la Ciambella, un quatre-quarts
fait d’œufs et farine, originairement avec un trou
au milieu. Et puis la traditionnelle Zuppa inglese (qu’il
serait mieux d’appeler Zuppa romagnola), une espèce
de charlotte avec crème anglaise e crème au chocolat
et biscuits à la cuiller imbibés de liqueur Alchermes.
Et parmi les douceurs de la tradition de longue date romagnole,
on assiste à la relance et revalorisation de deux produits
typiques de l’automne faits à base de moût
de raisin, juste après les vendanges: le Savor e la Saba.
Le Savor (è’ savor, savour en dialecte) dont le
nom en dialecte trahit l’origine absolument rurale, est
une espèce de confiture énergétique et très
riche en goût faites de plusieurs types de fruits amalgamés
au moût de raisin au moyen d’une longue e savante
préparation. Le résultat en est un produit savoureux,
justement, à déguster seul à la cuiller
ou tartiné sur du pain, des gâteaux secs ou sur
un fond de tarte. Et n’oublions pas le moderne ennoblissement
de ce produit servi, pour en exalter le goût par contraste
total, de fromages particulièrement forts et faits. La
fête du Savor est célébrée à Montegelli
di Sogliano la dernière semaine de septembre.
La Saba (Sapa en dialecte) est un sirop vineux sucré déjà employé par
les Romains pour sucrer, en alternative au miel, leur vin fort âpre;
depuis toujours la Saba était utilisée comme base
pour un authentique sorbet en plein hiver, mettant de la neige
fraîche dans un verre et versant un peu de sirop dessus, à la
mode paysanne. Depuis quelques décennies ce produit, tout
comme le Savor, a obtenu une requalification dans la gastronomie
moderne comme assaisonnement et rehausseur de goût pour
fruits, légumes, pain, et .... à votre fantaisie.